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La Bataille de Torfou,

Escarmouches de Boussay et mort héroïque de Chevardin.

A Paris dès la fin de l’été 1793, la convention, décide d’en finir avec l’insurrection vendéenne. Décision est prise de punir et de frapper fort. Le 1er août on décrète que « la Vendée doit être détruite par le fer et par le feu ! »

Pour faire appliquer ce décret la république ne dispose alors que d’un ensemble de troupes assez médiocres composées de recrues sans aucun esprit militaire et commandées  par des chefs de peu de capacités. C’est alors que les circonstances vont mettre à disposition de la convention une nouvelle armée, redoutable par son expérience et par sa valeur militaire. Soldats de la garnison de Mayence rendus disponibles depuis la reddition de cette ville, commandée par des responsables éprouvés et forte d’environ 16 000 hommes cette troupe a pour commandant, en ce qui concerne son avant garde, un Alsacien, un homme de haute taille, parlant bien mal le Français, il se nomme Kléber il est dit-on ardent et dur au combat.

L’arrivée des Mayençais galvanise les patriotes qui ont alors pris faits et causes pour la république. En revanche l’ensemble des populations paysannes sont prises d’inquiétude, d’autant que ces soldats efficaces au combat, s’y connaissent également en terme de cruautés et de pillages en tous genres. L’affrontement devient alors inévitable, l’occasion de se mesurer pour les deux armées va se présenter à Torfou le 19 septembre 1793. En effet dès l’aube, Kléber à la tête  d’une avant garde d’environ 5 000 hommes se met en route par Gétigné et par Boussay, son avance est lente , car le chemin est mauvais et le pays boisé.

batailletorfouCantonnées entre Torfou et Tiffauges les troupes vendéennes sont quant à elles pour l’heure au repos. Soldats du Marais de vendée commandés par Charette, ils attendent la venue des gens du Bocage que Royrand mène au combat. Dans la soirée du 18 septembre ils sont rejoints par l’armée de Lescure du Poitou et de d’Elbée pour l’Anjou. Pendant la nuit le recteur Bernier l’aumônier en titre de l’armée vendéenne a dit la messe.

Kléber avance lentement, à Boussay, il se heurte à un détachement de cavaliers vendéens, c’est un peloton d’éclaireurs envoyé par Charette pour prévenir toute surprise. Averti du danger ce dernier place 300 fantassins et 200 cavaliers dans les premières maisons du bourg de Torfou. Il est environ 10h00, Kléber et sa troupe arrivent en vue de Torfou, un ravin très escarpé les sépare de cette paroisse. Les tirailleurs de Charette ouvrent le feu, croyant n’avoir qu’à faire à des maraîchins reconnaissables à leurs vestes brunes, Kléber lance un obus au soufre sur le clocher de Torfou et ordonne à trois bataillons de lancer l’assaut contre l’avant-garde vendéenne. Trop faible pour résister celle-ci recule ; et facilement les Mayençais s’emparent du bourg. Ils s’y livrent au pillage et y mettent le feu, au passage il rient de la lourdeurs de ces paysans qui se sauvent devant eux.

Charette, cependant, réussit à rallier les siens et se met à leur tête, il les ramène sur le bourg, une lutte assez vive s’engage. Habitués à se battre derrière les haies épaisses et dans les chemins creux les Vendéens se trouvent très vite à découvert, les morts et les blessés tombent nombreux dans leurs rangs, affolés devant un ennemi qui ne cède pas un pouce de terrain, ils dévalent en désordre vers Tiffauges. Les bleus crient déjà victoire, ils vont vite déchanter. Délaissant les soldats de Charrette, les Mayençais progressent sur le plateau, sans le savoir, face aux positions qu’occupent depuis la veille au soir, les armées de Lescure et d’Elbée. Lescure qui se tient le long de la route de Tiffauges, voyant la débandade des Maraîchins craint qu’elle ne gagne ses propres troupes, rassemblant les uns et les autres il réunit les 1700 gars des Echaubrognes avec Bousseau leur chef, tout comme ceux des Aubiers ou de Courlay.

A travers champs, ils montent vers Torfou et s’embusquent derrière les haies et les arbres et par un feu nourri ils arrêtent net l’avance des Mayençais. Aidés en cela par les hommes de d’Elbée et Bonchamps, inutile  de dire que les bleus sont surpris. La grande Armée est là et bien là. Pendant ce temps les hommes de Charette sont arrivés en débandade près de Tiffauges, les femmes les arrêtent et en les injuriant pour leur manque de courage ce sont elles qui à leur tête remontent à l’attaque. Elles abordent les premières es bleus, une certaine Perrine Loizeau de la Gaubretière en abat trois avec son sabre, elle finit la tête fendue, à ses côtés une autre femme reçoit plusieurs coups d’épée. Les troupes vendéennes sont galvanisées, tant l’implication de leurs chefs est grande et tant la bravoure des femmes les stupéfient, à cet instant sur tout le front la bataille s’étend sur plus d’une lieue, le mêlée est affreuse, on se bat entre soldats aguerris et paysans en sabots, on se bat à coups de trique ou de baïonnette. On ne vit jamais , affirme Kléber dans ses mémoires, un combat et un acharnement plus cruel.

Mais cernés, les bleus se voient contraints de battre en retraite, ce qui est loin de convenir à Kléber il hurle des ordres, il va et vient au galop de son cheval pour essayer d'enrayer une débandade générale … Une balle lui traverse l’épaule : « tiaple, grogne-t-il avec son accent alsacien, ces pricands se pattent bien ! »

Pour la première fois, le vaillant général voit ses Mayençais s’enfuir. Il blasphème, il tempête au milieu de cette clameur obsédante que hurlent les vendéens : Rembarre, rembarre … ! que la Sèvre renvoie en écho.

chevardinbLa retraite est lente et difficile, sans l’habileté de Kléber elle se serait  vite transformée en déroute totale. Dès qu’un espace libre se présente d’un roulement de tambour, il remet ses hommes en ligne et par les feux nourris de ses pelotons écarte un instant l’adversaire. Mais l’adversaire est partout, à Boussay dans le grand chemin, il est caché derrière chaque arbre chaque haie. Les Vendéens deviennent eux aussi très cruels et ils le prouvent, au hasard d’un virage il trouve un carrosse, avec dedans,  une fort jolie femme d’officier apeurée, ils exigent d’elle qu’elle crie haut et fort « gloire à Dieu et vive le roi » elle refuse, on la massacre sans pitié, de plus on ne s’encombre pas de prisonniers.

Kléber imagine le pire, on passe à hauteur de Boussay et sur plus d’une demi lieue on dénombre plus de 1 500 morts, on piétine le papier des munitions. Les Mayençais défavorisés par leur manque de connaissance du terrain n’osent pas s’aventurer hors de l’axe principal. D’autant que les blancs sont partout et leurs tirs calmes et précis restent très meurtriers. Plusieurs officiers Mayençais se brûlent la cervelle de peur d’être fait prisonnier. Arrivé aux limites de Boussay peu après le village de la Herse,  en allant vers Gétigné, ayant eu le temps de mettre un peu d’espace entre ses troupes et les vendéens, Kléber ordonne au lieutenant Chevardin qui commande le bataillon de Saône et Loire de se mettre en position avec ses hommes « au bord d’un profond ravin » quitte à se faire tuer pour retarder l’avance ennemie et permettre un retrait en bon ordre des dernières troupes républicaines, Chevardin et son bataillon le paieront de leur vie. Ils vont ainsi sauver les restes d’une armée fortement éprouvée. Ce reste atteint enfin Gétigné, où le général Canclaux à la tête de troupes fraîches arrêtera la débâcle.