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portrait emile babonneau

SOUVENIR DU PAYS NATAL

  

Heureux celui qui peut de ses jours ignorés,

borner parmi les siens sa course solitaire.

Cultivant de ses mains cette féconde terre,

ces champs que ses aïeux ont jadis tant aimés.

Non jamais à mes yeux Boussay n’eut tant de charmes

que du jour ou j’allais d’un pas lent douloureux

le front triste et penché, le cœur gonflé de larmes

à la Sèvre, aux guérets adresser mes adieux.

la Sèvre, je la vois qui promène son onde

où se mirent jaloux les vergnes et les ormeaux,

entre une double haie de superbes coteaux

qui lui font sa vallée attrayante et profonde.

Mon regard embrasse cet aspect ravissant

que présente la Marne au regard du passant.

Au front rocheux du val qui tout là-bas serpente,

une ville apparaît : Tiffauges l’élégante.

Dans la lande à mes pieds d’affreux blocs mal assis

dont l’un d’eux une nuit s’ennuyait au logis.

De l’abrupte hauteur fit la prompte descente

près de la chaussée qui gronde et le moulin qui chante.

Sombres et sauvages sont les coteaux de l’enfer

qui voit peu le soleil l’été comme l’hivers.

Sur les flancs les ormes aux tiges élancées

par les rocs orgueilleux sans cesse surpassés,

grimpent cherchant en vain de l’astre les rayons

tels les pauvres captifs, aux murs de leurs prisons .

Qui dira les charmes de ces coquets villages

inondés de soleil le long de ces rivages.

Aux pieds de noirs rochers, l’un sur l’autre entassés

dont les flancs caverneux servirent de retraite

à plus d’un vendéen, le soir la guerre faite.

Le hameau de Chaudron, dressant ses toits pressés,

Rousselin regardant d’un oeil mélancolique

l’eau saper les piles de son vieux pont rustique.

De Chevalier enfin aux jardins étagés,

aux jaunissant coteaux de pampres ombragés,

au hardi viaduc orgueil de la vallée

auquel jeta l’adieu mon âme désolée.

Quand le train m’emportait bien loin sous d’autres cieux,

loin des champs empourprés par le sang des aïeux.

Je n’ai rien oublié, ni la courte prière

près de la croix de granit du grand chemin des morts

où le vent dans la nuit, nuit pleine de mystère

mêle au cri des hiboux ses funestes accords.

Ni la grande église qui de partout domine,

où le jour des adieux lentement s’achemine

Le cortège éploré des parents et amis,

à ce triste tableau de douleur je frémis,

car je revois tous ceux qui suppliaient le ciel

dont l’enfant dieu connut du triste exil les peines

de me faire guider par l’ange Raphaël

vers une autre patrie vers des rives lointaines.